lundi 23 novembre 2009

DARK HERESY – MAGGOTS IN THE MEAT : RESUME, PART.2




Constantine se passa une main sur le visage, accablé. Seulement un jour sur Acreage, et voilà qu’il était déjà hanté par les démons du passé. Il n’aurait jamais dû revenir. Il ouvrit une antique commode, en retira un décanteur de vin et s’en versa une rasade. Il regarda le liquide pourpre tournoyer dans son verre, huma son arôme… Du Rasteau Strynn de Pont-de-Cêdre Vieille Vigne semblait-il…

Il entendit derrière lui le plancher craquer sourdement, se retourna. Venria l’observait sans mot dire. Il soupira devant son expression grave et inquiète.

- Peut-on lui faire confiance ?
- A Corvus ? Ce flibustier ? Bien sûr que non… Peut-être. Je n’en sais rien.
- Il serait sage de ne pas répondre à cette invitation.
- Je sais.
- Mais tu comptes tout de même y aller ?
- Je le crains.
- Très bien.

La Sororitas se détourna, le laissant seul face à ses craintes. Le pont brimbalait doucement sous ses pieds, et sa main se crispa sur son verre. Pas très avisé, en effet. Mais inévitable…

Corvus et lui avaient parlé de longues heures. Le forban lui avait raconté comment il avait survécu, sa fuite et sa convalescence, le siège de la baronnie Falatrish par les troupes d’Angelus. Constantine ne put réprimer un sentiment de culpabilité, pour l’avoir abandonné de la sorte. Pour tous les avoir abandonnés. Mais le corsaire, qui avait perçu son trouble, posa une main sur son épaule, en lui disant que ce n’était pas sa faute si leur plan avait échoué. Corvus lui raconta l’annexion des terres Tantalig par l’Hégémonie, le siège éprouvant de Lyras et l’anoblissement des Fern. Désormais, les Tantalig vivaient en exil, dans la honte et la déchéance, au crochet de l’hospitalité des Baliel. Rhozena avait dû faire face à un schisme au sein des Maisons mineures qui avaient jusque-là été loyales à la Maison Niceus. Baras Gurst prêta allégeance à Rhozeia et Orcan lui confia la charge de gouverner Regalia.

Mais l’insurrection n’avait jamais été aussi forte. Les décisions d’Orcan avaient provoqué l’ire de la noblesse. Sentant que l’animosité à son égard ne faisait que croître, il avait anobli des serfs pour constituer et consolider la loyauté de son entourage proche. Les Maisons Pronteus, Vizeris et Tumstel, renommée Gordanus, étaient nées. Un ancien forgeron, un paysan et un marchand devenus les égaux des nobles de sang pur ? C’était un terrible affront. De même, il avait libéré les criminels incarcérés à Regalia en leur donnant un choix : le servir ou mourir. Peu refusèrent, et ces scélérats devinrent sa Garde Palatine. Une horde de mécréants sans foi ni loi, qui ne recule devant aucun vice pour garantir le pouvoir d’Orcan, et par extension, leur vie et leur fortune…

Pour asseoir une bonne fois pour toutes son pouvoir, et préparer sa place de Gouverneur planétaire, il introduisit à grande échelle la technologie sur Ascandia, et l’offrit gracieusement à quelques paysans et artisans méritants en récompense. Des machines agronomiques pour accroître la productivité des exploitations agricoles, des outils mécaniques pour augmenter le rendement des forges… Des dons de nature divine à n’en pas douter, mais aussi terrifiants aux yeux du peuple ignorant. Avec l’accord de l’Archevêque, les prêcheurs engagés par Orcan disséminèrent partout qu’il était d’extraction divine, l’élu et le représentant de l’Empereur-Dieu sur Acreage. Et pour balayer toute envie de révolte, il lâcha dans les rues ses Géants de Fer. Des colosses antiques et rouillés chargés de faire respecter le couvre-feu et maintenir l’ordre à Olrankan.

Même s’il conservait l’appui des Maisons Comnerius, Angelus et Merrywood, de même que celui des Fern et des Gurst, le reste de la noblesse s’était allié en une coalition forte pour se dresser face à son règne de terreur. Les Baliel, Tantalig, Rabast, Strynn, Saltigar et Falatrish avaient désormais les moyens de lutter par les armes. Bien sûr, Evalia et Beltamyr, tout comme les lointaines Abitan et Nunka, restaient neutres. Mais le bras de fer entre Rhozena et Rhozeia était désormais un jeu à armes égales.

Et le silence des autorités impériales ne faisait que les conforter dans leurs revendications…

Constantine ressassa longuement ces paroles. Ainsi, Orcan n’était toujours pas confirmé dans ses fonctions de Gouverneur planétaire… Intéressant, et très surprenant. Après l’échec de sa tentative de coup d’état, il s’attendait à ce que Rhozeia soit nommée Haute-Reine d’Ascandia dans les plus brefs délais, et qu’Orcan hérite de la gouvernance. Mais il semblait que la réponse de l’Administratum ait été des plus fâcheuses : Rhoze. Rhoze est l’héritière du trône…

Constantine ne put réprimer un rire en imaginant la fureur d’Orcan. Ainsi, le doute demeurait. Rhozeia ou Rhozena… Cette bourde ubuesque de l’Administratum avait engendré une guerre totale en Ascandia. La Guerre des Rhoze, l’appelait-on déjà. La situation était telle que les deux sœurs avaient des prétentions égales pour le trône. Les autorités impériales ne pouvaient vraiment prendre parti, sans directive de leur hiérarchie… La guerre était donc légitime, et échappait à la tutelle de l’Imperium. Absurde. Ou bien était-ce délibéré ?

Comme l’avait promis Corvus en quittant l’Iron Duke, un frêle esquif vint les aborder au matin. Un bateau de pêche, chargé de les emmener hors de vue des sentinelles de Regalia. Après qu’ils aient demandé au capitaine de décaler leur traversée, le pêcheur taciturne et bougon emmena les acolytes vers une crique en voguant entre les caravelles et les frégates de la flotte insurgée. Là, un galion flamboyant les attendait pour les mener au-delà des côtes du Cibré, vers la baronnie Valentur.

L’équipage du galion était talentueux, et le vent favorable. Le capitaine leur témoigna le plus grand respect, et il leur offrit, avec un mélange de déférence et de courtoisie, de quoi se sustenter pour la matinée. Il les rassura aussi concernant leur voyage. Les rives du Cibré étaient sous contrôle, rien de fâcheux n’arriverait durant leur excursion. Ils virent rapidement se dresser devant eux un somptueux manoir, perdu dans une dense forêt de conifères. Un ancien séjour des Angelus, désormais flanqué des étendards Falatrish et Niceus, semblait-il.

Des gardes brandissant de hautes hallebardes arborant un fanion aux couleurs des Niceus vinrent pour les escorter à leur descente de la barque d’accostage. Ils passèrent à travers de somptueux jardins, en silence, entourés par des hommes en armure de plates complètes aux visières baissées. Des corbeaux croassaient dans les cimes, et le fin gravier crissait sous les bottes des soldats. Et il sembla un instant à Constantine qu’il marchait vers l’échafaud.

Les lourdes portes du manoir, ornées de manière rutilante, s’ouvrirent devant eux, révélant d’autres gardes au garde-à-vous, se tenant immobiles dans la pénombre du hall d’accueil. Constantine eut le déplaisir de reconnaître certains visages. Des visages plein de morgue et de reproche. Teridan Sheeve et Palladius Antar, les deux chevaliers servants de Rhozena, qui n’avaient pas apprécié qu’il mette la prétendante en danger, et ne lui pardonneraient probablement jamais…

Les deux paladins invitèrent Constantine et son cortège à les suivre. Sheeve était aussi laconique qu’à son habitude, mais Antar se rapprocha de Narsès.

- Je vous avertis, mon Seigneur. Il ne serait pas prudent d’exposer une nouvelle fois la vie de Dame Rhozena à des périls et des risques inconsidérés. Si jamais il lui arrivait malheur par votre faute, mon courroux serait terrible.
- Ce n’est nullement mon intention, chevalier.

Alors qu’ils arrivaient en haut du grand escalier, des laquais ouvrirent grand les portes de la salle de réception. Sheeve et Antar restèrent à l’extérieur, prenant soin de regarder Constantine droit dans les yeux. Leur rancune était tenace. Pouvait-il les en blâmer ? Il était le fils du meurtrier de leur seigneur et roi…

Constantine traversa la salle cérémonielle de manière solennelle, réprimant ses appréhensions. Ils étaient tous là à l’attendre. Rigorus Tilt, son précepteur, lui adressa un discret signe de la tête. Des cernes s’étaient creusés sous ses yeux, et il semblait plus grave, comme résigné... Malissandre Falatrish, sa chevelure rousse aussi flamboyante que par le passé, lui souriait avec affection. Des rides étaient apparues au coin de ses yeux, mais son regard était toujours aussi pétillant et malicieux. A ses côtés, Aurelius Dascaros, son garde du corps personnel, et Corvus. Il vit aussi Dukatis Clayne, celui que l’on nommait autrefois le Lion d’Ascandia. Le vieil homme n’était plus que l’ombre de lui-même, mais il y avait un feu sombre dans ses yeux, dardés sur lui… Oui, Constantine savait. C’était à cause de lui que sa fille unique était morte. Il ne le savait que trop bien.

Rhozena était aussi splendide que dans ses souvenirs. Ses longs cheveux noirs étaient tressés de part et d’autre de son visage, et ses yeux noirs étaient aussi profonds que la nuit. Sa peau de porcelaine contrastait avec sa splendide robe rouge et or, et une fine couronne encerclait sa tête. Il lui adressa un sourire, et crut pendant un instant déceler de la nostalgie ou du regret sur son visage.

A ses côtés se tenait un homme qu’il ne connaissait pas. Un prêtre d’une quarantaine d’années qui le regardait avec attention, jouant avec un chapelet terminé par un Aquila doré. Il était vêtu de manière sobre, mais sa fonction était claire. Un confesseur attitré. Constantine sentit une pointe de tristesse et d’amertume. Le confesseur Sattaran était donc mort… Jamais il ne pourrait le remercier.

Constantine posa un genou à terre et s’inclina respectueusement.

- Constantine Narsès. Ainsi, mes prières sont exaucées. C’est une joie de te revoir, vivant et en bonne santé. Bienvenue. Bienvenue à vous tous. Veuillez accepter notre hospitalité et notre amitié.
- Cette joie est partagée, Dame Rhozena.
- Je vous en prie, mon ami, relevez-vous.

Constantine leva la tête. Ils se regardèrent ainsi longuement. Le prêtre fit un pas en avant, brisant cet échange plein de paroles silencieuses et de non-dits.

- Permettez-moi de me présenter. Je suis Anthemius, le nouveau confesseur de Dame Rhozena.
- Mon père…

Constantine s’inclina respectueusement.

- Qu’est-il advenu de Père Sattaran ? J’aurais aimé lui témoigner ma reconnaissance.
- Malheureusement, le vénérable confesseur Sattaran est mort de grand âge il y a de cela quelques années, après une vie de piété exemplaire. J’ai été chargé de lui succéder, et j’espère pouvoir faire honneur à sa sagesse. Auprès de Dame Rhozena. Nous prierons ensemble l’Empereur-Dieu, si vous le souhaitez…
- Ce sera avec joie.

La baronne Falatrish se leva à son tour de son siège et vint étreindre Constantine. Elle le dévisaga, espiègle, comme à son habitude.

- Je suis heureuse de te retrouver, mon neveu. J’ai tant prié pour ton salut. L’Empereur-Dieu a entendu mes prières…

Constantine ne put réprimer un sourire. Malissandre n’avait jamais été très dévote, et ils le savaient tous deux. Corvus grimaça lui aussi, gloussant légèrement.

- Mais je manque à tous mes devoirs. Vous devez être fourbus de votre voyage. Des domestiques vous conduiront dans vos chambrées pour que vous puissiez vous détendre, et peut-être nous rejoindrez-vous pour un frugal repas ?

Venria jeta un œil en direction de Constantine, qui lui fit un bref signe de tête. Tout ira bien. Des valets vinrent délester les compagnons de Constantine et les guidèrent vers la porte. Malissandre regarda la Sororitas partir, perplexe et songeuse…

- Ton retour est aussi plaisant qu’inattendu, mon enfant. J’ai entendu dire que tu avais été incarcéré.
- J’ai connu les pires geôles de l’Empereur, baronne.
- Voyons, pas de cela avec moi.

Rigorus vint lui serrer la main chaudement.

- Constantine. Il n’y a pas de mots pour décrire mon soulagement.
- Je suis heureux de te revoir, mon ami.

Son ancien précepteur le guida vers une pièce attenante, précédé par Rhozena et son confesseur. Du coin de l’œil, Constantine vit Dukatis les suivre en maugréant. Corvus et Dascaros, sur un signe de Malissandre, restèrent à l’entrée.

Rhozena s’assit sur un fauteuil de velours, toujours avec Anthemius à ses côtés. Malissandre prit place à côté de Tilt, qui versa du vin dans de précieux verres à pied pour l’assemblée. La baronne scruta Constantine fixement, comme pour lire en lui

- J’ai été surprise lorsque Corvus m’a appris ton retour. Je n’aurais jamais pensé que tu reviendrais. Ou que tu aurais voulu revenir.

Rhozena demeurait silencieuse. Constantine remarqua que ses doigts s’étaient légèrement crispés sur ses accoudoirs.

- Je ne suis pas venu ici pour faire à nouveau valoir mes prétentions au trône. J’en ai fait le deuil il y a de nombreuses années. Les prisons impériales vous forcent à relativiser, je suppose.

Rhozena regarda timidement dans sa direction.

- Tu n’es donc plus ici pour la vengeance ?
- Non, ma Dame.

Il y avait une question dans son regard, un espoir, peut-être…

- Je suis ici sous une autre autorité. Celle de la Sainte Inquisition. Pour traquer un hérétique qui aurait trouvé refuge sur cette planète. Il n’est plus dans mes prérogatives de m’immiscer dans les affaires d’Ascandia. Et ce n’est pas mon souhait.

Malissandre haussa un sourcil, visiblement intriguée.

- Un servant de l’Inquisition… Intéressant. Et cela explique des choses.
- Que veux-tu dire ?
- J’ai cherché à m’informer sur ton sort après ta capture, et découvert qu’un prêtre du Ministorum était intervenu en personne pour te sauver. Un simple prêtre, mais qui avait forcé Varinius à se prononcer contre ton exécution. Orcan a tout tenté pour le faire changer d’avis, mais en vain. Comme s’il avait reçu des ordres… Peut-être était-ce un inquisiteur ? Nous ne le saurons peut-être jamais, mais cela expliquerait cette histoire.

Constantine restait dubitatif. Cela lui semblait plus qu’improbable… Rhozena se contenta de sourire tristement. Derrière elle, Anthemius semblait soudain nerveux.

- Je vois.
- Je ne peux vous aider…
- Nous n’avons pas besoin de ton aide.

Dukatis se tenait debout derrière lui, adossé contre le mur. Ses yeux froids le fustigeaient, et la haine déformait ses traits.

- Nous n’avons pas besoin de ton aide. Pendant des années, nous nous sommes battus. Sans toi. Tu es venu ici la dernière fois comme l’enfant prodigue, et qu’as-tu amené ? La mort. Orcan a failli nous détruire complètement ce jour-là. Combien de braves sont morts à cause de cette mascarade ?
- Dukatis !

Rhozena le dévisagea avec détermination. Le vieil homme serra les dents.

- Non, Rhozena. Il dit vrai. Beaucoup sont morts par ma faute. Et je sais que Jadea faisait partie des victimes…
- Je n’aurais jamais dû laisser ma fille t’accompagner !

Constantine pouvait ressentir sa colère, mais aussi son propre sentiment de culpabilité.

- J’en assume toute la responsabilité. Je ne vous ferai pas l’affront de vous demander votre pardon, et rien ne pourra la ramener, je ne le sais que trop bien. Mais je vous présente mes excuses pour cette folie que j’ai commise.
- Ce n’était nullement de la folie, mon enfant. Quelque chose devait être fait. Nous avons failli, et la douleur et le chagrin sont le prix à payer de l’échec, Dukatis.

Malissandre toisa Clayne un long moment. Rhozena se leva et marcha jusqu’au vieux guerrier, posa une main sur son bras.

- Jadea était mon amie, ma confidente, et à bien des égards, la sœur que je n’avais jamais eue. S’il y a quelqu’un à blâmer, c’est moi, Dukatis.
- Ma reine, je n’aurais jamais l’impudence de penser une telle chose.
- Alors faites taire votre colère, Dukatis. Nous vivrons avec ces remords toute notre vie. Tous ici portent déjà ce fardeau. Mais nous devons penser à l’avenir d’Acreage…

Rigorus Tilt soupira longuement, les yeux perdus dans le vague.

- Et mettre un terme au règne d’Orcan.

Constantine sentit l’amertume et la lassitude dans la voix de son ancien précepteur.

- Je ferai ce que je pourrais.

Malissandre secoua la tête.

- Que peux-tu faire ?
- Je sers l’Inquisition. Orcan n’est pas à l’abri d’une enquête…
- Orcan a l’appui de l’Ecclésiarchie. Il paie Varinius avec largesse pour être dans ses bonnes grâces. Et pour qu’il ferme les yeux…
- S’il y a corruption, ni lui ni Varinius n’en sortiront indemnes.
- Et comment veux-tu prouver cela ? Orcan lui reverse des dîmes. C’est son droit. Et celui de Varinius de les accepter. Cela soulignera simplement sa générosité et sa piété…

Rhozena toisa Constantine. Lorsqu’elle parla, sa voix est dure, implacable, acide.

- L’aide ne viendra pas de l’Imperium. Tout ce qu’il veut, c’est collecter des taxes. Prendre, prendre encore, jusqu’à ce que nous soyons exsangues. Alors nous n’aurons plus aucune valeur à ses yeux, et il nous tournera le dos. Déjà, des tractations secrètes ont lieu entre l’Administratum et Evaness. Nous le savons. Maintenant que les gisements d’Electrogyre ont été découverts, les impériaux n’ont plus d’intérêt à ce que qu’Ascandia reste la plateforme d’échange avec l’Imperium. Et tant mieux !
- Mon enfant, ne soyez pas si dure…
- Nous en avons discuté, mon père. Grâce à vous, j’ai ouvert les yeux…

Anthemius regarda brièvement Constantine du coin de l’œil, avec anxiété. Rhozena ne semblait pas vouloir se calmer.

- Nous leur versons des sommes faramineuses et vivons dans la famine. Pour quelle raison ? Leur protection ? Cette guerre a été causée par l’Imperium ! Pensez-vous que je sois naïve ? Rhoze ? Cette réponse a été envoyée de manière délibérée, pour plonger Ascandia dans le chaos ! Ils veulent notre ruine et se fichent éperdument de notre sort ! Alors pourquoi me prosternerais-je au pied d’un maître qui ne nous souhaite que du mal ? Pourquoi ?
- L’être humain est faillible… Ce que souhaite certainement dire Dame Rhozena, c’est que certaines instances locales de l’Imperium sont manifestement, et malheureusement, sous le joug de certains hommes de peu de scrupules... Faillibles, et qui sans s’en rendre compte, entachent ce qu’ils sont censés représenter.

Dukatis renifla son mépris.

- L’Imperium ne nous a pas offert son aide. C’est seulement grâce aux alliances de Rabast que nous avons pu tenir, aussi abjectes qu’elles puissent être !

Malissandre le fustigea du regard. Clayne s’empourpra, comme en se rendant compte qu’il en avait trop dit. Constantine se tourna vers lui.

- Que voulez-vous dire, Seigneur Clayne ?
- Nous avons eu besoin d’armes, d’approvisionnement… pour lutter à armes égales avec Orcan. Nous avons donc contracté des alliances avec des sources… Hors-mondes.

Constantine se rappelait de l’animosité de Dukatis contre les personnes extérieures à Acreage. Il avait lui-même été l’objet de ces suspicions. Il passa donc outre cette remarque, l’attribuant à la honte d’être aidé par des organisations hors-mondes, pour se concentrer sur le prêtre…

Les mots du prêtre avaient été dits sur un ton neutre, mais Constantine y avait décelé certaines inflexions d’autorité, qui demandaient à Rhozena de se réfréner. Il dévisagea le confesseur…

- Et que pensez-vous de tout cela, mon père ?
- Que la valeur des institutions humaines se reflète avant tout par la valeur des hommes qui les dirigent. Que certaines institutions ont perdu de vue leur vocation, et se complaisent dans la puissance qui émane de leur charge. Je ne me réfère à aucune en particulier, et je suis le premier à remettre en question la mienne en priorité. L’orgueil, l’avarice, la vanité… Le Ministorum est affligé de ces maux. Et je pense que nous devons œuvrer. Que tous les citoyens de l’Imperium doivent œuvrer pour le rendre meilleur…
- Et que préconisez-vous ?
- Des individus tels que Varinius ne luttent que pour assurer leur propre pouvoir, alors que la vocation première d’un homme d’église est de propager et de défendre la foi. La foi est le ciment de l’humanité. Des hommes tels que lui s’enrichissent aux dépens de sa congrégation. Il n’a cure des fissures dans le ciment, tant qu’il peut entendre dans ses coffres le tintement des oboles.
- Vous souhaitez les voir écartés.
- Je pense que nous devons tous ouvrir les yeux. Que le clergé doit se réunir et en discuter, et fasse enfin quelque chose, au lieu de laisser la pourriture s’installer.

Pourquoi me prosternerais-je… Réformer le Ministorum… Constantine avait conscience des paroles dissidentes de Rhozena et de son confesseur. Le mot flottait subrepticement et insidieusement dans son esprit. Il cherchait à l’écarter, mais il revenait sans cesse. Hérésie. Il gardait à l’œil le confesseur, Dukatis, Malissandre… Etait-ce un test, pour savoir où se situait sa loyauté ? Devait-il craindre pour sa vie ? Il les scruta du regard, en feignant le désintérêt.

- Je te remercie pour ton hospitalité, Rhozena. Mais je crains que je doive te laisser. Moi et mes compagnons avons une tâche à exécuter. Il ne serait pas judicieux que nous interférions dans les affaires politiques d’Ascandia. Mais nous vous aiderons dans la mesure du possible…

Un voile de tristesse passa fugacement sur le visage de la reine.

- Je comprends. Je suis heureuse d’avoir pu te revoir, mon ami.

Constantine sentait qu’elle aurait souhaité dire plus, mais ils savaient tous les deux que ce n’était pas raisonnable. Ils avaient tous les deux fait un choix, et se trouvaient sur des routes divergentes…

Les camarades de Constantine furent appelés, et ce dernier leur notifia leur départ imminent. Ragaana lui demanda si tout s’est bien passé. Il acquiesça sans un mot. Mais alors qu’ils s’apprêtaient à partir, Venria vit une expression de colère et de mépris passer sur le visage de Rigorus Tilt, entre deux sourires courtois. Elle le dévisagea avec attention.

- Avez-vous quelque chose à nous dire, précepteur ?

Tilt sembla pris au dépourvu. Sous le coup de la surprise, il ne sut quoi répondre, nia avec maladresse. La Sororitas le pressa toutefois de répondre. Une tension gagna l’assemblée. Pour la dissiper, Tilt accepta de se livrer.

Il admit avoir été épris, lorsqu’il était au service des Narsès, de la jeune sœur de Belisarius – Fortunata, la tante de Constantine. Mais il était conscient de sa condition, et jamais il n’aurait souillé son honneur en se déclarant avec impudence. Il l’aimait secrètement. Lorsqu’elle fut tuée par les ennemis de la Maison, il avait juré de la venger, et se lamentait de n’avoir pu encore accomplir sa vengeance. Il avait formé Constantine pour qu’il devienne l’instrument de cette vengeance, mais devait se rendre à l’évidence. Ce n’était pas à travers lui qu’il parviendrait à ses fins…

Constantine fixa avec attention son ancien mentor. Pendant toutes ces années, il n’avait été qu’un pion. Il avait été formé, éduqué, aiguillé dans le but d’éliminer Orcan et de reprendre le trône. Ses idées n’avaient pas totalement été les siennes, il le savait. Mais encore, tout cela n’était plus qu’un lointain souvenir. Son incarcération sur Géhenne avait fait de lui un autre homme. Il n’éprouvait plus de haine, et pas de ressentiment pour un homme qu’il considérait autrefois comme un ami, et qui admettait aujourd’hui l’avoir manipulé dans sa propre quête de vengeance.

Malissandre le salua, et il crut déceler de la fierté dans son regard.

Il regarda une dernière fois Rhozena, se remémorant tous leurs moments passés ensemble. Une partie de lui regrettait l’avenir qu’ils auraient pu avoir ensemble. Mais ce n’était plus que le désir d’un fantôme. Ce Constantine était mort sur Géhenne, et ses souhaits avec lui. Il se détourna lentement, le regard sombre. Cette route n’était pas la sienne…

mercredi 4 novembre 2009

DARK HERESY – MAGGOTS IN THE MEAT : RESUME, PART.1




La navette de descente atmosphérique tangue légèrement, ajustant la poussée de ses réacteurs pour s’amarrer au ponton de débarquement. L’Ile de l’Empereur, une enclave perdue dans le brouillard âcre de la Mer des Brumes. Loin des côtes… Loin de la vue des autochtones ignorants. Le seul lieu de débardage autorisé sur Acreage, et la source implicite du pouvoir d’Ascandia.

La passerelle de déchargement s’ouvre lentement avant de cliqueter sourdement contre la plateforme de bois. Constantine se laisse frapper par la bruine et les embruns, l’estomac noué. Il regarde Ragaana s’avancer et descendre nonchalamment la rampe, un sourire aux lèvres. Venria vérifie ses armes une fois de plus, l’expression grave. Dakka en fait de même, fronçant les sourcils à la vue du paysage morne. Plex les regarde partir, la mine sombre et résignée. Boucles d’Or apparaît près de la porte, et se poste à côté de Dakka, immobile. Le guerrier Fedridien lui jette un regard interrogateur, tout en endossant son paquetage.

L’Adepta Mechanicus le dévisage un temps, sans mot dire. Dakka hausse un sourcil, ne sachant à quoi s’attendre… Etrange. Contrairement à eux, il semble de plus en plus facile pour lui de tolérer sa présence.

- Je voudrais te remercier pour m’avoir sauvée, sur Iocanthos.

Sans attendre de réponse, elle se détourne et s’enfonce dans le vaisseau, laissant un Dakka aussi perplexe qu’étonné.

- Pas de quoi.

Mais le chasseur semble perturbé. Il a l’impression d’avoir vécu cette scène, ou une scène similaire, mais il n’arrive plus à s’en souvenir. Une sensation de déjà-vu, sans qu’il parvienne à mettre le doigt dessus. Il se détourne à son tour, ennuyé.

Constantine soupire longuement. C’est son tour, semble-t-il. La mâchoire serrée, il pose un pied devant l’autre, machinalement, réprimant l’envie de se retourner et de courir le plus loin possible. Acreage ne lui a jamais apporté rien de bon. Rien de bon…

La passerelle de bois grince et tangue sous leurs pieds. Toute l’ile semble instable et branlante, bercée par le ressac et les vagues grises et opaques. Tout est recouvert d’une fine pellicule humide, et rapidement, les acolytes se sentent mal à l’aise dans leurs vêtements détrempés. Autour d’eux, le spatioport s’agite bruyamment. Des dockers déchargent des marchandises sous les exhortations d’un contremaître, des réacteurs chuintent et sifflent… Des mouettes tournoient au-dessus de leurs têtes, piaillant et planant dans le ciel gris. L’eau huileuse, polluée par les carburants et charriant d’immondes détritus, clapote nerveusement contre les pilotis rongés par le sel, la rouille et la mousse, crachant parfois des panaches d’écume en se heurtant aux poutres et aux bastingages.

Constantine regarde avec dégoût l’enchevêtrement chaotique de ponts, d’estrades, de bâtisses biscornues, silhouettes noires enveloppées par les brumes jaunâtres et pestilentielles. Belisarius n’aurait jamais permis que l’île bénie soit ainsi désacralisée par tant d’anarchiques constructions… Au diable Orcan !

Son attention est attirée par une procession sinistre qui avance vers les zones de chargement. Des prêtres en robe grands et émaciés, à la peau livide. Des Void Born, sans aucun doute. Ils arborent une sorte de bijou en forme de larme sur leur front et leurs vêtements sont frappés d’un sceau représentant un soleil et un crâne enchâssés l’un dans l’autre. Plus étonnant encore, ils transportent sur des chariots de nombreux cercueils, qu’ils acheminent vers des vaisseaux…

Les acolytes sont accueillis par un homme de taille moyenne, aux traits anodins. Il se présente : Zek, acolyte de l’inquisitrice Ark-Ashtyn. Dakka s’étouffe presque en entendant ce nom. Il ne l’a pas oubliée. Comment le pourrait-il ? Ark-Ashtyn, l’inquisitrice qui l’avait questionné suite aux événements de Mara. L’ancien garde est pris de vertiges et de sueurs froides… Ses yeux scrutent avec inquiétude l’acolyte, discernent sous ses vêtements de nombreuses lames dissimulées. Il le comprend vite : derrière ses airs relativement insignifiants se cache un tueur efficace.

Zek a traqué Coriolanus Vestra jusqu’ici, mais est arrivé il y a peu. Il ne sait pas pourquoi il est venu à Acreage, mais il sait comment Vestra agit, et pense qu’il fera usage de ses talents de prêcheur pour attiser la haine contre l’Imperium, surtout dans un monde en proie à la guerre. Toutefois, il n’a décelé aucun mouvement contestataire religieux pour le moment. Les principaux courants du Credo sont présents : Drusiens, Vitrians, mais aussi parmi les nobles insurgés une forte présence de confesseurs des Cantus Immaculata Veritas.

Les acolytes se faufilent entre les flots de hors-monde venus vendre leurs marchandises et les foules de négociants locaux accrédités pour venir sur l’île. Des crieurs haranguent les foules, debout sur des caisses, tandis que des grossistes intéressés se pressent sur les quais, piétinant dans la boue et jetant des coups d’œil aux étals, dans l’ombre des rangées de navires marchands amarrés. Sur des étals légèrement en retrait, isolés dans des alcôves et gardés par des agents de sécurité patibulaires chargés de filtrer les clients, des objets technologiques hors-monde s’alignent pour le regard des émissaires nobles d’Acreage, à des prix exorbitants.

Bientôt, le crachin se transforme en une pluie drue et glaciale. Dakka grommèle en regardant le ciel. Après l’ardeur inflexible et impitoyable des cieux d’Iocanthos, cela leur fait un changement radical de climat…

Constantine toise au loin la silhouette lugubre de l’église du Ministorum, trônant au-dessus des toits. Autrefois, l’édifice qui surplombait le Square de l’Empereur lui semblait aussi splendide qu’il lui semblait imposant. Mais aujourd’hui, le bâtiment monolithique avait des airs de colosse funeste et inquiétant. Non loin, des forces de police arbitraient une querelle sous l’œil strict et visiblement accablé par l’ennui d’un arbitrateur. Constantine se rappelait de l’Ile, avant qu’Orcan ne prenne le pouvoir. Un lieu saint, impeccable, aux longues avenues majestueuses… Désormais, des bicoques et des boutiques de bois s’étaient construites de manière désordonnée sur ces voies, empiétant sur les routes et les transformant en un dédale de ruelles étroites et d’impasses malfamées. Dans ces coupe-gorges crasseux, des individus menaçants sévissaient là où seuls des prélats et des clercs officiaient auparavant. Et cette boue ! Partout où ils posent le pied, elle se cramponne à leurs talons, glissante et collante, maculant leurs bottes, souillant leurs vêtements…

Les acolytes quittent les comptoirs marchands, les marchés couverts et les criées pour rejoindre la capitainerie, en quête d’un bateau pouvant les transporter vers le continent. Ils grimpent les quelques volées de marche les menant à l’office, jouxtant le bâtiment de l’Administratum. Des clercs épluchent les registres, sondent les livres de compte, signent des autorisations d’échange et de commerce, vérifient scrupuleusement le montant des taxes prélevées…

Ces derniers ont le regret d’annoncer que les navires en partance pour le continent sont réservés depuis des semaines. Leur seule chance, sans laisser passer, est de faire la queue sur les quais, dans l’espoir de pouvoir embarquer sur un quelconque rafiot au bon gré de leur capitaine. Il y a des dizaines et des dizaines de personnes qui attendent, et campent sur la promenade, parfois depuis des jours… A tout hasard, Venria montre une photo-pix de Coriolanus Vestra au secrétaire. Mais ce dernier secoue la tête. Non, il ne l’a pas vu à la capitainerie.

Ils ressortent sous la pluie battante. Sur le quai, en effet, une file d’hommes, de femmes et d’enfants patiente, résignée, grelottant sous l’averse, dans l’espoir d’embarquer. Sous une tente, un marin est assis derrière une table, les mains tachées d’encre à force de noter les noms des passagers, ainsi que la somme qu’ils ont en leur possession pour acheter leur passage. Des enchères… Seuls les plus fortunés pourront espérer monter à bord du prochain navire en partance, demain à l’aube. Le bateau du soir est déjà complet. Aux alentours, des hommes écoutent attentivement les négociations. Des bandits, prêts à égorger les imprudents aux bourses pleines…

Mais les acolytes ne peuvent se permettre de patienter. Ils traquent un hérétique, et ne se laisseront pas ralentir par de simples contingences logistiques. Au bout d’un certain temps, ils rencontrent un capitaine qui accepte contre monnaie sonnante et trébuchante de leur réserver son navire, le Splendour of the Seas, pour la traversée jusqu’à Regalia, puis Olrankan s’ils le souhaitent.

Le vaisseau appareillera dans quelques heures, le temps de charger les marchandises. Du temps que les servants de la Sainte Inquisition mettent à écumer les bars et les rades du coin, en laissant traîner l’oreille à gauche à droite. Ils apprennent ainsi qu’un blocus a été mis en place par la Baronne Malissandre Falatrish autour de l’Ile de l’Empereur, ne laissant passer que les vaisseaux possédant une autorisation impériale. Sa flotte imposante assiège Regalia, l’ancienne capitale…

On murmure aussi que les maisons nobles sont accablées par un mal terrible. Et c’est à cause de cela que la garde est sur le qui-vive. De nombreuses personnes auraient disparu sans laisser de trace, emportées par des spectres, sans doute ! Les âmes qui ont trouvé la mort durant ces décennies de guerre viennent se venger, tourmentant la noblesse ! Une terrible malédiction ! A moins que ce ne soit le Horloc ?

Pour ce qui est de Vestra, personne ne semble l’avoir vu… Où chercher ? Il pourrait être n’importe où sur la planète…

Constantine est nerveux. Il regarde avec anxiété les myriades de bateaux qui encerclent Regalia. Une frégate, le Garnet Crow, les accoste, demandant leur laissez-passer. L’héritier Narsès baisse les yeux. Le capitaine de leur voilier fournit à l’officier rebelle les documents frappés du symbole de l’Aquila et signés par l’Adeptus Administratum. Le capitaine du vaisseau militaire parcourt les accréditations, acquiesce et les autorise à passer. Constantine regarde avec soulagement le bâtiment de guerre reprendre sa position au sein de l’armada…

Sans apercevoir la silhouette qui l’observe depuis sa poupe. Un baroudeur à son allure, peut-être un corsaire, à la vue du bandeau de cuir qui couvre son œil droit…

Les acolytes voient se profiler les hautes tours blanches de Regalia, engoncées au creux de falaises vertigineuses. L’ancienne capitale n’a pas perdu son lustre, sa gloire séculaire, et la cité-forteresse se dresse aussi fièrement que par le passé. Constantine scrute le port fortifié, qui perce l’océan comme une pointe de flèche acérée, la ville stratifiée s’étendre tout le long de la côte, comme immaculée… Il observe les villas portuaires de la noblesse, bien à l’abri derrière le mur de Farrian, et dominant tout le reste, derrière le mur d’Isold, l’ancien palais royal, toujours aussi clinquant et martial… Seules les quelques volutes de fumée qui serpentent nonchalamment vers le ciel viennent ternir le tableau.

Les hauts murs défilent de part et d’autre du Splendour, alors que la lourde chaîne barrant l’entrée du port est abaissée. Une fois sur la terre ferme, les acolytes se dirigent vers la capitainerie. Là, la fortune leur sourit : un clerc leur dit se souvenir de la personne qu’ils lui ont montrée sur le photo-pix… Un homme au visage sévère et intimidant, vêtu de somptueux atours d’ecclésiaste. Il se souvient l’avoir entrevu depuis la fenêtre, sur le ponton, lorsque le capitaine de l’embarcation venu demander son autorisation de voyage jusqu’à Olrankan lui avait demandé d’accélérer le protocole, au vu de la nature de ses passagers. Le clerc avait accéléré les choses, pour ne pas faire patienter un prélat de l’Ecclésiarchie… Il connait le capitaine du navire : un certain Riles Lytir. Son bateau : l’Iron Duke.

Par chance, l’Iron Duke est à quai. Une fière caravelle fastueusement décorée, pour le transport de marchandises autant que de passagers. Les acolytes demandent audience auprès de Lytir, avec pour motif la location de son navire et de son équipage. Ce dernier accepte avec enthousiasme. Et même s’il semble suspicieux et préoccupé par les questions des acolytes concernant son précédent client, il répond volontiers. Ces hommes ne lui ont pas inspiré une grande confiance et ne se sont pas montrés très cordiaux. Des mercenaires menaçants, et un prêtre patibulaire qui aurait aussi très bien pu être un scélérat excentrique… Rien d’autre que des brutes épaisses, qui lui ont fait froid dans le dos.

Lytir raconte que leur demande était des plus farfelues. Ils ont demandé à descendre et à décharger leur cargaison sur une petite crique du Canal de l’Empereur. Ils ont payé et demandé à ce qu’ils se pressent de déguerpir. A son avis, ce n’était pas une affaire très réglementaire. Et leur cargo n’était pas des plus légaux. Mais il préfère ne plus y penser et laisser ça derrière lui.

Pour faciliter leurs recherches et éviter de devoir s’expliquer aux autorités, les acolytes vont se présenter à la milice et demandent, en montrant discrètement le sceau de l’Inquisition, à parler au responsable du bureau. Ils demandent à l’officier de leur fournir un mandat légitimant leur présence et autorisant leurs actions, quelles qu’elles soient. Ce dernier, intimidé, accepte sans rechigner. Bien sûr, cette information devra rester confidentielle, et ne devra pas quitter les quatre murs de la salle d’entrevue…

Dans les rues, la milice est à cran. Sur les murs d’enceinte de la ville, déjà marqués par de violentes escarmouches, les gardes scrutent les vaisseaux renégats avec appréhension. Des pans de remparts se sont effondrés, les pavés en contrebas recouverts de gravats, là où des boulets de canons ont percé la muraille.

Les recherches au sein de la ville ne sont pas très fructueuses. Ils écument tavernes, auberges, marchés… Mais personne ne semble avoir vu Vestra, hormis quelques vagues témoignages sur les docks. Une chose est sûre, toutefois : il ne semble pas avoir traîné à Regalia.

Les acolytes retournent sur l’Iron Duke à la tombée de la nuit, alors que le couvre-feu s’installe. Des patrouilles les pressent à déguerpir des rues, tandis que des sentinelles contemplent la flotte ennemie, en brandissant haut leur lanterne. Ils dinent à la table de Lytir, qui se montre agréable et enjoué, et prennent place sur leurs couches pour la nuit…

Constantine sent une main se poser sur son épaule. Il se réveille en sursaut, la main prête à dégainer son couteau. Une silhouette est agenouillée à côté de lui, enveloppée par la clarté moirée de la lune… Le temps s’est dégagé. De lourds cumulus dérivent dans le ciel obscur, et la lune blafarde semble jouer à cache-cache au sein des nuées… Le visage de l’intrus se dévoile dans la pâleur sélénite, révélant un homme au sourire moqueur, à la barbe soigneusement taillée, à la Strynnienne. Un bandeau de cuir descend sur son œil droit, cachant à moitié une ancienne brûlure répugnante. Sur le côté de son crâne, sa chair est affreusement scarifiée là où un laser l’a frappé de plein fouet. Ses cheveux longs tombent sur ses épaules, çà et là tressés, et retenus à l’arrière par une queue de cheval. Son œil gauche brille dans la pénombre…

- Tu devrais dire à tes hommes de faire preuve de plus de vigilance…

Constantine voit Dakka, dont c’était le tour de garde, dodeliner de la tête, les yeux clos. Ses yeux se fixent à nouveau sur le forban. Il écarquille les yeux…

- Corvus !

lundi 2 novembre 2009

DARK HERESY - PURGE THE UNCLEAN

Samedi 31 octobre 2009 s'est déroulée la suite du scénario Purge the Unclean.

Joueurs présents : Thomas, Cyril, Fabrice

dimanche 25 octobre 2009

DARK HERESY - PURGE THE UNCLEAN

Hier, samedi 24 octobre 2009, s'est déroulée la suite du scénario Purge the Unclean.

Joueurs présents : Thomas, Bastien, Cyril, Fabrice, Kai

mercredi 21 octobre 2009

DARK HERESY – MAGGOTS IN THE MEAT : PROLOGUE




Dix jours. Dix jours dans le Warp avant de rallier Acreage. Dans un espace confiné, à tourner en rond. Leur liberté si durement acquise, les voilà de nouveau dans une cellule…

Dakka prend son mal en patience. Il a l’habitude de ces longues heures d’attente, et profite de son temps libre. Sa vie n’était faite que de cela, avant Géhenne. De combats, de batailles, de sang et de furie. Et entre chaque conflit, d’attente interminable. De latence… Il sait que cela ne durera pas…

Ragaana supporte de moins en moins ces périples. Il se languit du ciel au-dessus de sa tête, et de la terre ferme sous ses pieds. Les drogues aident, bien sûr. Ce qui n’aide pas, en revanche, est la présence d’Horus, toujours tapi dans l’obscurité, à la lisière de son regard, ou sa simple voix, qui résonne dans sa tête sans crier gare…

Mais la plupart du temps, ce dernier ne fait qu’écouter. Il s’instruit. Dix millénaires se sont écoulés depuis son emprisonnement. Dix mille ans de souffrance. Seule sa volonté lui a permis de tenir. Seule sa dévotion envers l’Empereur l’a sauvé de la folie. Mais il ne sait rien de ce qui s’est passé. Alors il écoute. Et apprend.

Cependant, à certains moments, il interpelle Ragaana, qui est obligé d’écouter, même s’il fait tout pour ne pas se laisser influencer. Et corrompre. Il lui révèle que d’après ce qu’il a entendu, le Serre-Lys n’était pas un ordre hérétique, mais vraisemblablement des garants des idéaux de l’Empereur de son vivant. Abolir les cultes, détruire le divin. Tel avait été son but. Il semble que l’humanité se soit détournée des enseignements de son guide.

Pour quelle raison ? Horus a eu le temps d’y réfléchir. Car il connaissait sans doute l’existence des Seigneurs de la Ruine. Les croyances, la superstition, la foi… Les Dieux du Chaos s’en nourrissent. En tentant de détruire cet instinct humain, peut-être avait-il essayé de retirer l’humanité de leur emprise…

Mais désormais, l’Empereur est devenu un dieu aux yeux de l’humanité. Quelle ironie, pour lui qui exécrait ce mot et cette idée.

Cependant, Horus est soulagé. Soulagé de savoir que l’Imperium a survécu. Qu’il a continué de s’étendre. Et qu’aujourd’hui encore, il tient tête aux Seigneurs du Chaos.

De Ragaana, il apprend que ses frères Primarques sont morts ou ont basculé du côté de l’ennemi. Cela le rend triste. Est-il donc le dernier d’entre eux ?

Ragaana, de son côté, commence à comprendre qu’il est probablement damné. Dans son esprit, le plus grand traître de l’histoire de l’humanité. Celui qui a mortellement blessé l’Empereur-Dieu. Le Renégat à l’origine de l’Hérésie primale… Doit-il se livrer aux autorités de l’Inquisition ? Et mourir sur un bûcher ?

Horus lui raconte sa version des faits. Lorsqu’il a été blessé par l’Anathame, alors enduite de pus toxique de Nurgle, Erebus l’a amené au temple de Delphos, sur la lune de Davin, pour faire soigner son mal par la Loge du Serpent. Là, Erebus a exposé, grâce à des rituels, son esprit aux forces du Chaos. Et ces puissances lui ont montré un futur où l’Empereur et ses frères Primarques étaient vénérés comme des dieux, contrairement à tout ce pour quoi ils avaient combattu. L’Imperium, devenu une Théocratie malsaine, répressive et violente… Intolérable ! C’est là qu’il a fait sa plus grande erreur. Il a douté de l’Empereur. Il a cru qu’il cherchait en réalité à détruire toutes les icones, tous les objets de culte, pour devenir le seul être vénéré dans l’univers… L’Empereur allait-il trahir leurs idéaux ? Les utilisait-il juste pour parvenir à ses fins ? Aveuglé, c’était Horus qui avait trahi… Il a cru qu’il était meilleur que lui… Dans sa rage, il a laissé entrer dans son cœur le doute, et un chemin pour les puissances du Warp pour investir sa chair. Mais malgré cela, Horus était resté pur. Fidèle aux idéaux que l’Empereur lui avait inculqués. Ayant donné au Chaos une emprise sur son âme, son esprit fut banni dans l’Anathame, tandis que le démon qui l’habitait investissait sa chair, conservant les souvenirs du corps hôte, mais n’ayant en réalité plus aucun lien avec Horus mis à part son enveloppe charnelle.

Ragaana ne le croit évidemment pas, et ne voit dans ces mots que propagande, et une manière de le pervertir à son tour…

Plex reste prostré dans sa cabine, renfrogné, irritable, meurtri. Il pense à Baraspine. A ses amis, ses camarades, son peuple. Annihilés. Une rage noire commence à bouillonner dans son être. Contre le Ministorum, qui a délibérément assassiné des millions d’innocents, sans raison valable. Ils paieront. Il en fait le serment. Ils paieront. Quand il daigne sortir de sa cabine, il se montre impulsif, colérique.

Venria passe la majorité de son temps dans la chapelle, à prier l’Empereur-Dieu. Les mots repassent sans cesse dans sa tête. « Ne te méprends pas. Je ne suis pas Drusus… » Son âme est-elle corrompue, possédée par une engeance du Warp ? Elle fixe, blême, les icones de l’Empereur-Dieu en quête de réponses, à la lueur blafarde des bougies.

Les pensées de Constantine reviennent sans cesse à Acreage. Jamais il n’aurait pensé un jour la revoir. Les souvenirs affluent à nouveau. Tant de choses laissées inachevées. Rhozena. Orcan et Balian Angelus. Tant de choses qu’il pourrait encore accomplir. Mais que veut-il en réalité ? Il avait enfoui tout cela dans les tréfonds de son âme. Sa vengeance. Le trône qui lui revenait de droit… La mort de ses parents. Pourquoi n’arrivait-il pas à se souvenir du visage de sa mère ?

Un souvenir fait toutefois surface…

Il est sur l’un des balcons de son palais, encore enfant. Rhozena est en face de lui, jouant d’une main avec ses cheveux tressés, les yeux fixés sur les pièces du jeu d’échecs auquel ils jouent. Non loin, Rhozeia et Sophia s’amusent avec des fils tressés, qu’elles nouent et dénouent autour de leurs doigts selon des règles obscures et inintelligibles. A quelques pas, Belisarius, son père - une voix -, et Eynara, sa mère - un parfum -, semblent les surveiller. Entrangement, il se souvient de leur discussion…

- Qu’allons-nous faire ? L’Imperium exigera qu’elle soit emmenée…
- Je ne le tolérerai pas.
- Nous ne pouvons pas lutter, Bel.
- Je sais, Eynara. Mais je trouverai un moyen de la sauvegarder…
- Mon père…
- Non, mon amour. Je ne peux me résoudre à la condamner à une vie d’errance. Kiehl est sa terre.

Pourquoi diable se souvenait-il de cela maintenant ?

Le reste du temps, les acolytes le passent en compagnie de la cellule Strygos, un autre groupe d’acolytes de Magnus Roake, afin de planifier leurs actions sur Acreage. Ils s’occuperont d’enquêter au royaume d’Evaness, tandis que Constantine et les autres se chargeront d’Ascandia. En effet, l’héritier Narsès connait très bien le terrain. Il est donc le plus qualifié pour couvrir ce territoire.

Strygos supervisera la fouille d’Evaness. Récemment, un minerai avec des propriétés exceptionnelles a été découvert là-bas. L’électrogyre. Dans les mains d’un combattant, les armes d’électrogyre créent une sorte de champ de force résultant de l’amplification de l’énergie cinétique. Même esquivé, un coup porte et inflige des dégâts. Dans les mains d’un Psyker, un échantillon de minerai entre en sympathie, ou en résonnance, avec d’autres échantillons issus du même gisement. Des pouvoirs psy peuvent ainsi filtrer d’une roche à une autre, qu’importe la distance entre les sources. Et aussi, éventuellement, des messages… Et ce sans passer par un astropathe. C’est peut-être ce que Coriolanus Vestra est venu chercher sur la planète…

Cependant, en dehors de ces réunions, l’atmosphère est tendue. Les anicroches régulières, les piques cinglantes… Graham Strygos jalouse l’affection que semble porter Roake aux nouveaux venus. Il ne comprend pas son inquisiteur, surtout après des années de bons et loyaux services. Toutefois, il est franc, et expose clairement sa position à ses rivaux. Il pense que c’est parce qu’ils lui ont apporté le récit des derniers moments de son frère jumeau, Devlin Roake.

Urdos Garm ne semble pas le moins du monde perturbé. Il passe son temps à graver des runes pentagrammatiques sur des balles et en propose aux autres acolytes. Il est conscient de la compétition, mais la mission prime et passe avant les petits conflits entre acolytes. Il le dit aussi sans détour.

Pericycllos se montre très aimable. Sans malfaisance, il souligne l’inexpérience des nouveaux acolytes, mais sans plus. Il enseigne ce qu’il sait d’Acreage, notamment les nouvelles récentes dont Constantine est ignorant, et se montre vorace de tout ce que ce dernier peut lui apporter en termes de précisions et de détails.

Jocelyn Quint, quand à elle, a clairement l’esprit de compétition, mais il faut savoir passer le temps. Elle se montre intéressée par Dakka et Constantine, mais devant le désintérêt du premier, se rabat sur le second. Sans détour, elle lui propose de passer du bon temps. Il est hors de question d’avoir une relation avec un homme de sa cellule, alors elle prend ce qui passe. Il n’y a pas de mal à se faire du bien. Leur travail est suffisamment dur comme ça pour qu’ils aient des scrupules. Et Constantine en profite pour se changer un peu les idées…

C’est Livan Tilbaren qui pose véritablement problème. Pompeux et condescendant, sa préoccupation est de savoir comment servir au mieux l’Empereur-Dieu. Pour lui, les autres acolytes n’ont pas encore fait leurs preuves. Et leur foi n’a pas encore été éprouvée. Il n’éprouve que du dédain à leur égard, et se montre ouvertement méprisant et provocant.

Les acolytes de l’autre cellule leur apprennent que le Pellenshir est l’un des trois Xenoships autorisés par l’Inquisition, avec le Shuvaenten et le Lyr-Paladias. Le Pellenshir a la particularité de pouvoir voyager dans le Warp sans navigateur. Le Shuvaenten possède la capacité de se cloaker. Le dernier dispose d’un procédé de translation Warp à travers un portail. Le temps d’exposition au Warp est ainsi quasi nul.

Lorsque Venria apprend que le Pellenshir va s’arrêter pour faire le plein, elle se rend compte qu’ils vont passer à proximité d’une planète où Urdis Sertanius, un ancien prêtre et professeur à elle, du temps du Prieuré, réside. C’était le seul à avoir manifesté de la compassion à son égard, et a été exilé pour cela, car il s’attachait trop à elle. La veille de son départ, il lui a dit là où il était envoyé. Sur un monde frontière inhospitalier, Zumthor, afin de venir en aide aux colons…

Devant les supplications de Venria, Strygos accepte de modifier leur plan de vol. Ils ne disposeront que de quelques heures, le temps de réalimenter le vaisseau à la station spatiale orbitale. Venria, Ragaana, Dakka et Plex descendent sur Zumthor en empruntant une navette de descente atmosphérique.

Ils débarquent sur une planète désertique, aux paysages proches d’Iocanthos. Mais ici, nul astroport. Seulement une enclave anarchique, qui abrite une poignée de colons. Ils ont survolé de grands lacs d’acide, vastes comme des mers, diffusant des vapeurs toxiques, d’un bleu profond au centre, puis virant au turquoise sur la périphérie, pour enfin s’iriser d’orangé et de jaune près des berges. Ils ont vu de haut de minuscules silhouettes s’affairant pour collecter à travers les fumées et les vapeurs l’acide qui leur permet de vivre et qui les tue à petit feu, malgré leur respirateur.

La « ville » où ils se posent ressemble plus à un avant-poste qu’à un campement permanent. Des maisons ont été construites de bric et de broc, en majorité avec des bouts de ferraille, de la tôle et des éléments mécaniques pillés sur les carcasses désossées des épaves de vaisseaux, posés çà et là dans le désert. Un baraquement de fossoyeurs près d’un cimetière de navires…

Toute la communauté semble vivre de contrebande. Des étoffes et des tissus sont déroulés sur le sol, et recouverts d’objets en tout genre. On vend structures de vaisseaux, moteurs rafistolés, pièces mécaniques en tout genre… Une grande braderie à ciel ouvert. Les gens sont poussiéreux, sales. Leurs lèvres aussi craquelées que le sol sous leurs pieds. Et l’odeur est quasi insupportable… Une odeur de pourriture émanant des lacs d’acide, alors qu’ils rongent petit à petit la pierre alentour. Ragaana décide de visiter les lieux.

Ils se dirigent vers une chapelle misérable maltraitée par les éléments, et la trouvent vide et en piteux état. La toiture est à moitié effondrée, la poussière a envahi les lieux... Urdis Sertanius est dans le presbytère, cultivant des plants de légumes avec un garçon de chœur. Il a beaucoup vieilli, et Zumthor ne semble pas avoir été tendre avec lui. Venria s’avance et se présente. Les yeux d’Urdis s’écarquillent alors qu’il la reconnait. Il semble sincèrement heureux, mais en même temps, il semble tendu et inquiet.

Urdis demande au garçon d’aller à la taverne la plus proche pour aller chercher de quoi se désaltérer pour les invités. Le prêtre lui fait un bref signe de tête. « Tu sais quoi faire ? » « Oui, mon père. »

Puis Urdis les prie de s’assoir dans son humble demeure. Venria le questionne alors. Qu’est-elle ? Que lui faisaient-ils, au Prieuré ? Le prêtre semble embarrassé. Il lui révèle que des scribes étaient chargés de la suivre nuit et jour, et de compiler certaines de ses paroles. Que certains de ses mots étaient considérés comme saints, sacrés… Mais il ne sait pas précisément pourquoi. Lui ment-il ? Venria enrage. Il doit savoir. Mais le prêtre nie.

Soudain, la porte du presbytère éclate. Plex donne un coup de pied dans la table pour la faire basculer et s’abrite derrière. Deux répurgateurs font irruption dans la pièce. Ils visent Venria. « Meurs, chienne d’hérétique ! » C’est un capharnaüm alors que les tirs fusent de part en part. Un répurgateur s’effondre, puis un deuxième. Mais ils ont durement touché Venria, qui git elle aussi sur le sol, le bras en lambeaux et à moitié arraché.

Ragaana fait alors irruption dans la pièce. La tête de Venria se tourne dans sa direction. « Donne-moi ta force, Psyker ! » Lui crie-t-elle. Mais Ragaana résiste. Venria hurle, d’une voix qui ne semble pas être la sienne, et sur sa peau se dessinent des entrelacs bleutés et luminescents. Son corps se tord, convulse. Ragaana croit avoir affaire à un cas de possession, et tente de l’exorciser… Bientôt, tous voient le bras de la Sororitas se régénérer petit à petit.

Les acolytes décident de fuir le plus rapidement possible, pour ne pas avoir à faire face à l’Arbites local. Le prêtre git au sol, sa tunique maculée de sang…

De retour sur le Pellenshir, tous les acolytes leur demandent ce qui s’est passé. Sur une remarque désobligeante de Livan, Plex lui assène un violent coup de poing, qui envoie le clerc au tapis. Il est rapidement maîtrisé. Par deux fois déjà, des envoyés du Ministorum ont tenté de les tuer. Sans compter Baraspine. Sa colère est compréhensible. Strygos et Pericycllos parviennent toutefois à convaincre les autres acolytes de l’ôter du service actif, le temps qu’il reprenne ses esprits.

Après l’impossibilité d’utiliser Boucles d’Or, la perte de Plex est dommageable pour le groupe, mais tous reconnaissent que dans l’état actuel des choses, il vaut mieux qu’il reste sur le Pellenshir.

La dernière partie du trajet se passe dans une ambiance morose. Venria se cantonne elle aussi dans ses quartiers, tout comme Plex. Ragaana s’isole pour se confronter de plus en plus à Horus. Constantine est la plupart du temps songeur et distrait. Seul Dakka reste à son habitude. Taciturne et laconique.

Dans la pénombre enfumée de sa chambre, Ragaana fait une nouvelle fois face au Maître de Guerre. Il lui raconte ce qui s’est produit lors de son affrontement avec l’Empereur. Le Daemon l’avait mortellement blessé, mais en focalisant toute son énergie psychique, l’Empereur était parvenu à ramener l’esprit d’Horus dans son corps, un bref instant. Il lui a alors révélé qu’il avait vu sa traîtrise et l’avènement de l’Hérésie. Mais qu’il avait confiance en lui. Il avait manipulé les événements pour permettre à l’Imperium de survivre à ce conflit, car il ne pouvait l’empêcher. C’est pour cela qu’il était rentré sur Terra et demandé aux Imperial Fists de fortifier la forteresse impériale. En prévision de l’Hérésie. Qu’il avait laissé les puissances de la ruine corrompre son plus fidèle « fils ». Car il savait que son âme allait être en sécurité dans l’Anathame.

Car il avait une mission pour lui. Lorsque le temps viendrait, il serait libéré de sa prison. Et cela voudrait dire que le dernier chapitre du combat pour son âme aurait débuté… Et qu’il avait besoin de lui pour le sauver. Ensuite, alors que son esprit était à nouveau aspiré par l’épée maudite, et que le Daemon reprenait le contrôle de son corps, l’Empereur avait plongé sa lame dans sa chair…

Cette mission lui a permis de tenir tête à la folie de dix millénaires d’enfermement. De patienter sans sombrer. Désormais, il est libre. Et il pense que les acolytes sont des pivots dans cette ultime bataille pour sauver l’Empereur…

Malgré sa méfiance, Ragaana doit avouer que l’idée est séduisante. Le Ministorum en passe d’entrer dans une nouvelle ère d’Apostasie, avec la montée en puissance de ses Répurgateurs et les Exterminatus que l’Ecclésiarchie a prononcé sans en référer à quiconque. Les visions qu’ils ont eues sur Géhenne. L’avènement de l’Astre Tyran… Tout semble concorder pour dire que de grands bouleversements sont sur le point de surgir. Mais il sait que derrière cette façade peut se cacher le gouffre de la corruption. Tout comme cela s’était passé pour Horus, berné par les visions que les forces du Chaos lui ont envoyées, et responsable de la plus grande tragédie que l’humanité ait connue…

Quelques jours plus tard, Acreage se dévoile aux acolytes. Ils se préparent pour débarquer sur la planète. Strygos et son équipe d’un côté, les anciens forçats de l’autre… Constantine regarde son monde natal grossir petit à petit, alors que grandit en lui une terrible appréhension.

mardi 20 octobre 2009

THE AZUREAN TAINT

Le scénario The Azurean Taint ne comptera finalement qu'une seule session. Le reste sera à découvrir au cours de la campagne...

Les sessions du mercredi seront désormais allouées à la poursuite de la campagne principale ou à des sessions de Rogue Trader.

vendredi 16 octobre 2009

DARK HERESY – A PATH OF VENGEANCE, RESUME PART. 3




Une barque les emmène en mer. Un voilier les attend au-delà des eaux boueuses des marais. Ils embarquent sur le Southern Pride, un navire confisqué à une famille marchande vassale des Strynn. A son bord, une cargaison de vins d’exception d’un cru très recherché, destinée aux premières noces d’Orcan et de Rhozeia de la part des Strynn.

Tous reçoivent une identité factice, celle des marchands séquestrés et de leur entourage, ainsi que l’accréditation officielle leur permettant d’entrer à Olrankan pour livrer leur marchandise. Corvus sera le marchand. Jadea sa femme. Marcus et Constantine leurs hommes de main. Darius sera quant à lui l’œnologue, l’expert en vins.

Le voyage est morne et déplaisant. Longeant les côtes, le voilier brise les vagues grisâtres sous un ciel menaçant, et plus d’une fois, des averses drues viennent fouetter le pont. Les voyageurs s’entassent alors dans la cabine, en regardant les cordages et les ustensiles tanguer. Vertiges, nausées… Au loin, on peut parfois entendre le grondement du tonnerre, mais la foudre demeure lovée dans les nuages noirs, loin des regards.

Le capitaine est confiant. Ils accosteront à Olrankan en temps et en heure, si l’Empereur le veut bien. Les conversations sont rares, et le silence parfois oppressant, tout juste émaillé par les querelles de Jadea et de Corvus. Ce dernier semble se délecter des réactions de la jeune femme lors de ses tentatives de séduction infructueuses, et semble se ragaillardir à chaque nouveau refus ou rejet. Jadea se fait une joie de le remettre à sa place, tout en conservant une apparence de désintérêt légèrement irrité. Mais le spectateur attentif pourrait de temps en temps observer un discret sourire sur le visage de la jeune femme, au fur et à mesure que leurs altercations deviennent un jeu…

Ce silence laisse aux voyageurs du temps pour réfléchir. Pas assez pour revoir leur plan d’action, trop pour éviter que le doute ne s’insinue dans leurs esprits. Constantine pense à la dette qu’il a contractée auprès de Vladimir Krin. De la somme astronomique qu’il a dû emprunter pour mettre à exécution ses desseins. Il s’interroge sur la fiabilité des mercenaires qu’il a engagés. S’il avait senti en Rickus Blake, le chef de la milice, la fierté du guerrier, Enyo Ditermezzi, l’intermédiaire avec qui il avait dû négocier le contrat, était avant tout un marchand, qui dissimulait derrière son sourire et ses manières pompeuses l’appétit d’un charognard…

Jadea est de plus en plus dubitative sur le sort qui les attend. Rien de ce qu’elle a entendu n’a été convaincant. Corvus, pour sa part, semble au contraire jubiler du rôle qui lui a été confié. Marcus tente comme il peut de contenir sa nervosité. Mais Darius, quant à lui…

Darius a été nommé par Lucati Merrywood car malgré sa physionomie chétive, plus proche d’un clerc que d’un guerrier, il est un assassin et un espion de talent. Psychiquement asservi, il est indéfectiblement loyal. Et Merrywood lui a confié une seconde mission. Observer. Pour le compte d’Orcan. Car ce dernier sait. Il sait qu’un complot le vise. En dernier recours, il a ordre de tuer Constantine, si jamais les choses venaient à mal tourner.

Mais ce que Lucati ne sait pas, c’est que Darius commence à se souvenir d’événements passés. Des odeurs, des sons, des visions troubles dans un premier temps. Des impressions fugaces…

Un soir, une corvette de patrouilleurs maritimes les accoste. Ils vérifient leurs papiers, et après leur avoir confisqué un baril d’un excellent cépage, les laissent passer.

A travers les brumes, Olrankan se dévoile enfin. Une ville, tout d’abord, composée de monoblocs aux standards impériaux enchâssés les uns contre les autres, au creux d’une falaise, et sensés témoigner de la grandeur de l’Imperium, et du nouvel âge dans lequel Orcan menait Ascandia et Acreage. Une ville abjecte, en fin de compte, construite sans aucun raffinement… Puis autour, les faubourgs. Orcan n’avait pu empêcher le bas-peuple de s’agglutiner à la ville. De nombreuses maisons de bois et de chaux avaient été construites dans l’anarchie la plus totale, sur la terre ferme dans un premier temps, puis sur pilotis, à mesure que les terrains se faisaient plus rares.

Le voilier jette l’ancre à l’entrée du port, le temps qu’un bateau de la capitainerie vienne les accoster. Le contrôle est plus sévère, plus minutieux, cette fois-là. Le registre est consulté, leur accréditation examinée… Puis le capitaine ordonne que le Southern Pride soit mené à quai pour une fouille approfondie. Le bateau sillonne les eaux putrides, se frayant un chemin entre une armada de vaisseaux marchands. La tension monte. Des armes sont dissimulées dans certains des barils de vin. Si jamais ils les trouvent… Les passagers, malgré leur réticence, sont placés en garde à vue le temps que leur cargaison soit fouillée et inspectée… Mais heureusement, un scribe arrive, slalomant entre les marins et les dockers, brandissant une autorisation de débarquement. Il se présente comme un envoyé du Sommelier Royal. Les passagers du Southern Pride sont attendus au palais et doivent s’y rendre sur-le-champ. Après avoir regardé le document officiel, le capitaine de la douane laisse filer les conspirateurs.

Le scribe n’en est pas réellement un. Il se présente : Telvius Arenthal, un ancien garde des Niceus, resté loyal envers Rhozena. Celui-ci les conduit vers une bicoque, dans les quartiers pauvres de la ville. Là, dans une cave, trois hommes se pressent dans la pénombre. Lodovian Strynn et Urbis Volentrish, de la garde du palais, et Themos, de la garde de Regalia. Le plan de Constantine se dévoile aux autres conspirateurs. Un groupe, mené par Arenthal, attaquera la cathédrale en même temps que Constantine tuera Orcan. Un autre, mené par Strynn, sèmera le chaos au sein du palais, pour créer une diversion. Les deux autres s’occuperont respectivement de la désactivation des systèmes de défense antiaérienne d’Olrankan et de la prise des canons de Regalia, pour permettre à la flotte de Malissandre Falatrish d’envahir l’ancienne capitale.

Les quatre hommes s’agenouillent devant Constantine, et lui offrent leur allégeance.

Jadea ne peut que reconnaître son erreur : le plan peut fonctionner. Une lueur d’espoir anime les conspirateurs, qui auparavant étaient plus motivés par le désespoir qu’autre chose…

Ils se présentent au Palais et confie la cargaison au Sommelier, et en chemin, trouvent un endroit discret où se changer. Ils se déguisent en moines du Ministorum.

En effet, Orcan a réussi à convaincre le Cardinal Sous-Secteur pour bénir leur union. Et son déplacement s’est accompagné d’une ruée de prêtres et de moines de toute la région. De Fenksworld, de … et d’innombrables autres planètes, ils affluent, et s’entassent dans une aile allouée au Clergé.

Se mêlant aux moines, ils patientent. Le lendemain, ils suivront la procession des prélats, évêques et chanoines à travers la ville, jusque dans la cathédrale d’Olrankan. Ils prendront place dans le chœur, à quelques enjambées d’Orcan et de Rhozeia. Assez près pour les tuer tous les deux avant même que les gardes ne puissent intervenir. En même temps, les loyalistes de Constantine investiront le palais, et les mercenaires qu’il a engagés assujettiront Ascandia.

Dans la nuit, Darius se réveille en haletant. Il a vu les flammes. Les corps morts de ses parents, gisant non loin de lui. Une silhouette portant une épée ensanglantée se penche vers lui… Lui, qui n’est encore qu’un enfant. Lucati Merrywood.

Les conspirateurs marchent dans les rues, silhouettes noyées dans une marée de centaines d’ecclésiastiques encapuchonnés. Leur chant submerge la ville, alors que tout le monde se presse aux fenêtres pour admirer la procession. Loin devant, la chaise à porteurs du Cardinal tangue doucement. Et l’hideuse cathédrale se dévoile enfin, bloc de pierre noire, surmontée du Crâne et de l’Aquila…

Ils entrent, regardant autour d’eux, prenant place sur des gradins surélevés. Par chance, ils sont au premier rang.

Le Cardinal entonne l’hymne à la gloire de l’Empereur-Dieu, repris par les centaines de voix du chœur. Le chant résonne dans la cathédrale titanesque, semblant se perdre dans l’obscurité voilée de fumée du plafond, au-dessus des encensoirs géants…

Quelques prières…

Puis les portes s’ouvrent à nouveau. Les sentinelles se mettent au garde-à-vous, alors qu’entre Rhozeia, dans une robe somptueuse, arborant une longue traine soutenue par quatre chérubins. Elle porte un masque d’or, comme le veut la tradition. Lors de l’échange de leurs vœux, chacun des époux devra retirer son masque, pour montrer son vrai visage.

Rhozeia prend place à la droite du Cardinal, alors qu’une autre silhouette se profile. Orcan, lui aussi portant un masque d’or, vêtu d’un uniforme impérial resplendissant. Il longe les rangs des invités, lentement, et monte les marches pour se tenir face à Rhozeia, à la gauche du Cardinal. D’une voix tonnante, il entonne litanies et prières, alors que la cérémonie suit son cours…

L’échange des vœux, la bénédiction de l’Empereur-Dieu… Vient enfin le moment de retirer les masques. Darius s’approche de Constantine : « Fuis. C’est un piège. » Mais Constantine ne peut renoncer. Pas si près du but.

Les époux retirent leur masque. Ce sont bien Orcan et Rhozeia. A son signal, ils brandissent leurs armes. Et tirent. Les balles fusent. Orcan se retourne, horrifié. Une balle le frappe en pleine poitrine. Une autre en pleine tête. Son visage semble grésiller. Rhozeia subit le même sort. Son visage se trouble, grésille aussi.

Les corps qui tombent sont deux étrangers…

C’est la panique. Constantine enrage, alors que Corvus cherche à le tirer hors de ce traquenard. Mais déjà, les gardes s’avancent. Des décharges laser sifflent autour d’eux. Les fuyards se précipitent vers la porte arrière, bousculent les moines et passant sous les gradins. Des prêtres s’effondrent, frappés par des tirs. C’est la débâcle…

Darius reste à l’arrière, couvrant leur retraite. Mais il s’effondre bientôt, transpercé par les tirs ennemis. Une décharge laser frappe Corvus au visage, juste au-dessus de l’arcade sourcilière. Il hurle de douleur, alors que son œil commence à fondre sous la chaleur. Jadea et Marcus s’engouffrent à travers la porte, pour se retrouver face à une ligne de tireurs qui semblaient les attendre de pied ferme.

Marcus tire, mais est touché à son tour. Il continue de tirer, jusqu’à ce que d’autres tirs ne viennent le réduire au silence. Jadea saute à travers une fenêtre, emportant avec elle des bris de vitraux multicolores. Elle roule et se relève dans les jardins suspendus du palais. Corvus et Constantine parviennent à la suivre à travers l’ouverture.

Mais déjà, des gardes arrivent.

Ils fuient. Les lasers crépitent autour d’eux. Et l’un d’eux finit par toucher Jadea à la jambe. Elle s’effondre, semble incapable de se relever ou même courir. Corvus la tire à l’abri, et l’adosse à un muret. Jadea lui dit de protéger Constantine. Lui seul est important. Corvus, à contrecœur, s’exécute. Non sans une pointe de regret et de peine. La jeune femme sort une lame, pose sa pointe sous son menton. Ils ne l’auront pas vivante. Elle enfonce la dague dans son crâne. Sa tête dodeline, alors que du sang coule sur ses vêtements. Ses mains retombent à ses côtés, inertes.

Corvus et Constantine courent à travers les jardins, empruntent un escalier, sautent au contrebas d’un balcon, s’engouffrent dans un autre escalier. Mais des gardes remontent vers eux, et d’autres sont à leurs trousses. C’est une situation désespérée.

Constantine capitule. Ils sont faits comme des rats. Il lève les bras en signe de soumission, criant qu’ils se rendent. Mais Corvus ne l’entend pas de cette oreille. De son œil valide, il regarde en contrebas les flots putrides. Bondit sur une balustrade. Et saute dans le vide… Sa silhouette disparaît dans les eaux brunâtres, plusieurs dizaines de mètres plus bas.

Les gardes arrivent à côté de Constantine et l’encerclent. Constantine va pour les amadouer… Mais trop tard, une crosse de fusil le cueille sous l’œil. Il s’effondre, inconscient.

De l’eau froide frappe violemment son visage. Il se sent suffoquer, et tente de se débattre. Le monde tournoie autour de lui. Vertiges. Nausées. Sa tête sur le point d’exploser… Il sent l’humidité, le sang séché qui se craquelle sur sa joue, l’odeur de pourriture, d’urine et d’excréments… Il entend le bruissement de chaînes raclant sur le sol, et constate que ses poignets sont liés par de lourds fers. Une geôle. Oui, les souvenirs lui reviennent…

En face de lui, Balian Angelus le regarde de haut, un large sourire peint sur son visage. Celui qui a violé et tué sa mère. Son bourreau ? Ce dernier se tourne vers le fond de la pièce. Constantine voit Orcan le toiser de loin, lui aussi, arborant un air satisfait et suffisant. Devant lui, un drap sale est jeté sur une silhouette allongée sur le sol.

« Croyais-tu avoir la moindre chance ? Je savais tout de tes plans. Tes mercenaires ont été capturés par les Merrywood. Je lui ai offert une place dans l’Hégémonie. Il n’a pas pu refuser… Tous les rebelles qui ont participé à ta misérable entreprise pris et exécutés. Et je dois te remercier… »

Il ordonne à un serviteur de retirer le linge. Il lui exhibe le cadavre de Darius. Un petit signe de la main, et un chirurgien arrive avec ses instruments et commence à travailler sur son visage. Il en extirpe un mécanisme. Une caméra.

« Grâce à toi, j’ai pu découvrir toute l’étendue de cette conspiration, et mettre des visages sur mes ennemis. Tu vois ? Ta tentative a parfaitement servi mes plans. Il ne me reste plus qu’à faire taire toute opposition. Alors merci, Constantine Narsès, vas donc pourrir en enfer. »

Orcan sort de la geôle tandis que Balian s’avance, brandissant joyeusement des instruments de torture…

Des heures. Des jours. De torture. De douleur. Des bruits. Des pas dans le couloir. Une clé qui tourne dans une serrure. Une porte qui s’ouvre. Des cris de rage. Une dispute. Orcan, avec un autre homme. Une longue tunique noire… Un prêtre. Orcan fulmine.

« Je ne saurais le tolérer ! »
« Pourtant, c’est la décision du Cardinal. Constantine est sous l’autorité du Ministorum. Il sera jugé par un tribunal ecclésiastique. Et non par vous. »
« Il a tenté de me tuer. C’est un traître, un assassin ! »
« Ce sera à nous d’en juger. »

Le prêtre jette un regard sur Constantine.

« Qu’on l’habille et qu’on le transfère sur notre Nef. Et je vous préviens, Régent. Si un accident fâcheux venait à arriver au prisonnier, vous subirez le courroux de l’Ecclésiarchie. »

L’homme fixe Orcan, puis finit par se détourner et quitter la pièce…

Constantine ne peut s’empêcher de rire. De soulagement, mais aussi devant le caractère cocasse de la situation. Une nouvelle fois, il échappe à la mort… Une nouvelle fois, Orcan est forcé de le laisser s’échapper. Il voit Orcan lui jeter un regard noir, ses traits déformés par la rage. Constantine rit de plus belle. Il vivra. Son rire résonne dans les geôles. Un rire teinté de peine, de douleur et de folie…